Puisqu'en ce moment j'ai le temps, je lis pas mal. Et j'ai d'ailleurs du mal à choisir quoi. Si bien que lors de ma dernière visite à la bibliothèque, alors que j'errais entre les rayonnages, totalement indécise, j'essayais de me rappeler comment je faisais avant... En fait, je me suis toujours posé ce problème, donc je n'ai pas vraiment eu de réponse satisfaisante.
Souvent, j'erre, je flâne, et avec un peu de chance je tombe sur un titre, un nom ou une couverture qui m'inspire. Méthode qui ne fait pas systématiquement ses preuves, je vous l'accorde. Mais quand ça ne marche pas, je me fixe un auteur, et après, j'avise (et je suis souvent déçue, car le livre est sorti/n'est pas au catalogue/n'est pas classé dans la catégorie où je pensais le trouver et je ne pense pas à le chercher ailleurs/mais qui c'est cet auteur ???)
Pour le coup, lors de cette visite, je me suis rappelée qu'il y a quelques années, j'ai vu Fight Club. Oui je sais, on est plusieurs dans ce cas. Et comme je suis livrophile et que j'ai bien appris ma leçon de "un film adapté est toujours moins bien que le livre" (en même temps, revoyez Shining et on en reparle), quand j'aime un film inspiré d'un livre, j'essaie de lire icelui. Et je suis tombée dans la prose hallucinée de Chuck Palahniuk.
Du coup, j'ai poursuivi sur ma lancée (c'est un moment que j'aime bien, quand je me retrouve avec plusieurs livres d'avance...). J'ai aimé, pas aimé, fini, pas fini, et je pense qu'en général, ça dépend plus de mon humeur du moment que de la qualité du roman. Choke, avorté. Monstres invisibles, dévoré. Ce qui ne signifie nullement que l'un soit pourri et l'autre génial.
En apercevant Berceuse sur l'étagère, je me suis rappelée de la critique de Time Magazine à sa sortie. Enfin, pas exactement, puisque je ne sais plus ce qu'ils en avaient conclu. C'est le thème, l'histoire, le pitch devrais-je dire si j'étais hype, qui m'avait tapé dans l'oeil. Une comptine qui tue votre prochain si vous la lui récitez ou même simplement si vous y pensez, une chanson d'élimination, ça s'appelle. Parlez-moi d'arme de destruction massive ! Et forcément, quand Streator notre journaliste protagoniste s'en rend compte, après avoir fait un peu joujou avec, il se met en quête de toutes les traces de cette comptine pour les détruire. On n'est pas des bêtes, non plus ! Quoique... finalement, le but de ce voyage n'est-il pas surtout de mettre la main sur le Livre des Ombres (grimoire de tous les grimoires pour ceux qui veulent un dessin) ? Est-ce que ça suffit, une chanson d'élimination, quand on peut avoir des charmes d'amour ou de possession ? Est-on simplement altruiste (pas le premier mot que m'évoque Palahniuk...) ou cherche-t-on au fond le pouvoir absolu ? Car une phrase revient souvent qui raisonne bizarrement dans ma tête, chaque génération veut être la dernière. Peut-être trouvé-je ça trop vrai...
Nous voici donc barrés dans un road-trip fantastico-terroriste entre notre journaleux, une agente immobilière experte en maisons hantées, entre autres, et un couple de jeunes hippies écolos extrémistes. On est toujours un peu dans le terrorisme chez Palahniuk, quelle que soit la forme (Fight Club est une apothéose, mais les héros de Monstres invisibles se posent aussi pas mal...). Et c'est peut-être ça qui me fatigue un peu chez lui, et m'accroche en même temps. Ces personnages auxquels je n'arrive pas à m'attacher (parce que dans le fond je cherche toujours une humanité que je ne retrouve jamais chez eux) et qui paradoxalement me fascinent vaguement. Peut-être parce que comme eux j'aimerais avoir le courage et la foi pour aller au bout de mes convictions. Peut-être parce qu'il ya suffisamment de violence en ce bas monde pour ne pas en rajouter une couche. Peut-être parce que le journal de 20h est bien assez glauque comme ça.
Il y a quelque chose d'obsessionnel dans l'écriture de ce bon vieux Chuck, de méthodique, de systématique. Tyler Durden nous apprenait la nitroglycérine et le savon, Streator nous donne "les détails sur [tel personnage] sont", et Oyster, son compagnon de route écolo, nous liste par le menu tout ce que l'homme a fait pour que la nature détruise la nature. Parfois j'aime cette manière de faire, parfois non. Aujourd'hui, je trouve que ça prend une proportion trop importante. J'ai envie de récit, pas de manuel scolaire à la thématique (dés)orientée.
Maintenant que dire, je l'ai lu en 2 jours, certes, c'est rock'n'roll, re-certes, et j'aime toujours ce thème de sorcière. Mais je ne vois pas quelle solution il a apporté, j'ai l'impression qu'il n'a même pas vraiment fini le livre, et ça me frustre. Je suis chiante sur les dénouements, j'ai même tendance à préférer un happy-end dégoulinant à une fin-glauque-parce-que-chuis-trop-glauque-comme-auteur. Nan mais c'est trop facile sinon ! Du coup voilà, j'ai l'impression que je ne peux plus rien dire de positif, et ça m'embête, parce que Palahniuk reste quand même mon terroriste préféré. Bin oui, à bas le grand capital, à bas la dictature du physique, et à nous la nature vraie !
Pour la peine, gentil petit lecteur, je fais comme lui, je ne conclue pas vraiment, na !

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